Mon enfant ne va pas bien : comment savoir si c’est grave

En tant que maman, on sait. En général, on sait.
Plus que savoir, on sent.
La porte de sa chambre fermée plus que d'habitude, des réponses réduites à un "ça va" avant même que la conversation commence.
Ça dure depuis combien de temps ? Vous ne savez plus très bien. La date du début vous échappe, alors vous vous refaites le film des derniers jours et des dernières semaines. Et cette colère pour un tee-shirt, elle est légitime ?
Ce doute, beaucoup de mamans le gardent pour elles. Il s'installe dans un coin de la tête et finit par encombrer le mental.
Le doute fatigue plus que la situation elle-même
Vous commencez à faire les comptes. Le mental dialogue en permanence :
D'un côté, "c'est normal, c'est l'âge, il grandit, ça travaille là-dedans."
De l'autre côté, "non, c'est plus profond, je le sens, j'ai sûrement raté quelque chose. Je sais très bien que le tee-shirt n'y est pour rien."
Bonjour Culpabilité.
Les deux pensées protègent, chacune à sa façon. La première vous permet de continuer à faire tourner la baraque. La seconde vous garde en alerte au cas où. Minimiser porte d'ailleurs un nom très présentable, on dit "prendre du recul".
Ce qui épuise vraiment, c'est le va-et-vient entre les deux, plusieurs fois par jour, sans jamais pouvoir vous poser.
Je connais ce doute de l’intérieur. On commence par se demander ce qu’a son enfant, on finit par se demander si on s’y prend bien.
Tenir le cadre alors que je ne voulais que chouchouter, je n’ai jamais su où était la ligne sur le moment. Cette hésitation fait partie du métier de maman, elle ne se règle jamais une bonne fois pour toutes.
Tout le monde a un avis, personne ne regarde avec vous
Son père trouve que vous en faites trop. Votre mère trouve exactement l'inverse et vous le dit avec l'assurance de celle qui sait. L'enseignante vous répond que tout se passe bien, ce qui devrait vous rassurer. Et pourtant non. Ou bien une amie vous raconte l'histoire de son neveu qui ne ressemble en rien à la vôtre.
Chaque avis déplace le curseur de quelques crans et aucun ne vous permet de voir plus clair parce que chaque situation est unique. Vous restez seule avec vos comptes. À force, vous finissez par douter de votre perception et c'est ce qui vous coûte le plus, car c'est votre identité de maman qui est remise en cause.
Trois questions à se poser quand son enfant ne va pas bien
Aucune ne donne de réponse à elle seule. Les trois ensemble donnent une direction.
La durée : depuis combien de temps
Un chagrin qui dure plusieurs jours après une brouille dans la cour, ça se répare souvent tout seul, avec le temps et deux ou trois soirées un peu plus longues assise au bord du lit.
Quelque chose qui traine en longueur, sans jamais s'aggraver ni vraiment s'améliorer non plus, ça se regarde autrement. La durée seule ne dit rien de la gravité, elle dit simplement que le mouvement naturel de réparation ne s'est pas fait.
L'étendue : est-ce que ça touche tout
Un enfant peut avoir du mal à l'école et rester le même partout ailleurs. Il dort assez bien, il joue et attend le weekend avec impatience. La difficulté qu'il rencontre reste à sa place, et le reste de sa vie continue de tourner normalement.
Le tableau change quand ça touche plusieurs zones en même temps. Le sommeil, l'appétit, l'envie de jouer, les copains dont il ne parle plus, le mal de ventre du matin qui revient trop souvent pour être un hasard. Là, ce qui le préoccupe a pris une part importante, chez lui et à la maison.
L'écart : ce qui a changé chez lui
Un enfant discret qui a toujours préféré jouer seul dans sa chambre, ça reste lui et ça n'appelle aucune inquiétude particulière.
Un enfant qui adore ses copains et qui refuse les invitations depuis deux mois, c'est un écart par rapport à sa manière d'être. L'écart compte davantage que le comportement en lui-même parce qu'il n'existe aucun modèle d'enfant normal auquel comparer le vôtre. Le seul point de comparaison utile, c'est lui, avant.
Observer sans surveiller
Ces repères servent à y voir plus clair, pas à trancher. Reste à ne pas glisser de l'observation à la surveillance parce qu'un enfant sent la bascule immédiatement. La question posée l'air de rien à table, il peut l'entendre comme un contrôle. Et il peut se refermer un peu plus, précisément au moment où vous cherchiez à comprendre.
Quand consulter sans attendre
Quand le corps décroche nettement, quand des marques apparaissent sur sa peau ou qu'une parole touche à l'envie de vivre, même dite en passant, un avis médical s'impose. Dans ces cas là, le médecin traitant ou un psychologue passent avant tout le reste. L'art-thérapie ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas ce regard là.
Ce qu'un espace extérieur peut changer
Quand un enfant ne va pas bien, il le montre bien avant de le dire.
Les enfants ménagent leurs parents beaucoup plus qu'on ne le pense. Un enfant trie ce qu'il dit à la maison, inconsciemment ou en conscience. Il garde pour lui ce qui pourrait inquiéter.
Un lieu tiers lève la contrainte parce que la personne en face n'a pas à être épargnée.
Un enfant qui n’arrive pas à dire ce qui ne va pas peut souvent le dessiner, le peindre ou le modeler. C’est ce que permet l’art-thérapie. Il n’a rien à raconter, rien à justifier, il fait. Et ce qui apparaît sur la feuille en dit souvent plus que ce qu’il aurait réussi à formuler. Beaucoup d’enfants qui se ferment dès qu’on les interroge se mettent au travail sans difficulté.
Et petit à petit, ce qu’il ressent prend forme sur la feuille. Une fois posé là, devant lui, ça devient plus facile à dire.
De votre côté, quelqu’un regarde enfin avec vous, ce qui était précisément ce qui manquait. Vous pouvez reprendre votre place de maman.
Le doute ne se résout pas par une certitude
Vous n'obtiendrez sans doute pas la réponse nette que vous cherchez, celle qui dirait grave ou pas grave et permettrait de refermer le dossier. Ce genre de réponse existe rarement, et les situations qui se dénouent le mieux sont souvent celles où personne n'a cherché à conclure trop vite. Demander un avis extérieur revient à s'accorder le droit de regarder avec quelqu'un. Ça n'engage rien sur la gravité, et ça ne fait de votre enfant ni un cas ni un problème. Ça vous retire seulement l'obligation de faire les comptes toute seule, le soir, en vous refaisant le film.
Christine Andrieu, art-thérapeute à La Réunion.




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