Fatigue : mon monde n'est pas celui de l'autre.
- Christine Andrieu
- 22 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 nov. 2025
Dans mon dernier article, je parlais déjà de fatigue… la mienne.
Et visiblement, le thème continue de me travailler!
Ou peut-être que c’est moi qui continue de le creuser! (Et oui, je suis toujours fatiguée, si vous vous posez la question… mais ça va, je le vis plutôt bien!)

Ces petits bouts de mots, "je suis fatigué(e)", s'invitent souvent dans ma pratique, aussi simplement et facilement qu'un "ça va". Très discrètement, mais ils sont là.
Et je remarque que cette phrase, chez moi, provoque tout de suite un écho profond.
Naturellement — quand je suis Christine, la femme, la maman, l’amie — j’ai tendance à y voir plus qu’un simple manque de sommeil.
Dans mon monde, la fatigue n’est jamais anodine. Elle raconte quelque chose : elle me parle de limites, de trop-plein ou de perte de sens.
Elle est sacrément chargée, la fatigue! Inscrite probablement dans ma mémoire psychique et corporelle.
Mais dans ma posture de thérapeute, je ne peux pas me permettre de rester sur cette première vibration personnelle.
Parce que peut-être que, pour la personne en face… c’est juste ça, un manque de sommeil passager et rien d’autre!
Que se passe-t-il en moi, en tant que thérapeute, quand j’entends des mots simples, familiers, et que je sens en moi l’envie d’y voir plus loin, plus profond ? (Le genre de moment où mon cerveau s’emballe plus vite qu’un cheval au galop! Parce que derrière, il y a l’envie d’aider, de bien faire, de capter tout de suite ce qui se joue. Sauf que… je dois freiner la bête et reprendre mon souffle)
Et c’est là que commence la réflexion que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui : comment bien monter à cheval ? Lol
Plus sérieusement, comment accueillir ce qui est dit sans vouloir tout de suite en tirer du sens ?
Et si, justement, c’était "juste" de la fatigue ?
Et si, en fait, cette personne avait juste besoin de dormir parce qu'elle s'est couchée vraiment tard, happée par... un bouquin, ou le ciel étoilée ou... ?
Rien d’autre. Pas une crise existentielle, ni une alerte rouge. Juste… du repos.
Ce n’est pas une hypothèse que je rejette — au contraire, elle me rappelle une chose essentielle : je ne sais pas.
Pas encore. Pas tant que l’autre ne me dit pas ce qu’il met derrière ses mots.
Et ça me ramène à cette vigilance fine, presque invisible, que je dois entretenir dans la posture thérapeutique. Celle de ne pas attribuer un sens avant l’heure.
De ne pas projeter sur l’autre une profondeur qu’il n’a peut-être pas exprimée. Parce que dans cette fatigue là, il peut y avoir mille causes, mille nuances, mille absences de sens aussi.
Parfois, le mot dit ce qu’il dit. Et c’est assez.
Ce que ça dit de moi, thérapeute : les filtres d’écoute
La fatigue, pour moi, c’est un signal fort. Alors quand je l’entends chez l’autre, j’ai tendance à l’écouter avec cette intensité là.
Mais mon monde n’est pas celui de l’autre. Et ce que je crois être une porte d’entrée peut devenir un raccourci, si je ne fais pas attention!
Je me rends compte que ces moments d’interprétation rapide ne viennent pas de nulle part. Ils parlent aussi de mon propre rapport aux mots. De mes expériences, de ce que j’ai traversé et appris à reconnaître… ou à craindre d'ailleurs!
Et dans la relation d’accompagnement, mes filtres peuvent devenir des brouilleurs. Des interférences entre ce qui est dit et ce que je crois entendre.
C’est l’un des grands défis de ma posture : rester présente, engagée, sans être envahissante.
Accueillir ce qui vient sans y ajouter ce que je connais déjà. Sans projeter et sans traduire.
Écouter, vraiment écouter, c’est accepter de ne pas savoir ce que l’autre veut dire avant qu’il le dise.
Vous me suivez toujours ?
Et dans ma pratique ?
Aujourd’hui, ce réflexe de ne pas sauter sur le sens est devenu une sorte de boussole. J’essaie de rester dans une écoute simple. Une écoute qui accueille sans décoder trop vite. Parfois je pose une question, ou bien je laisse juste flotter la phrase, et j’observe.
Quand les mots ne sortent pas, il y a toujours la couleur, la matière. Alors je laisse la personne suivre son propre rythme — pas celui de mon cerveau impatient.
Je ne dis pas que c’est facile. J’ai souvent envie de comprendre vite, d’agir vite, de bien faire. Mais j’ai compris un truc : dans ce métier, ce qui compte, ce n’est pas d’avoir raison. C’est d’être juste. Et pour ça, il faut souvent ralentir un peu le tempo intérieur.
Et oui, il m’arrive encore (plus rarement, je suis pro quand même) de coller mes propres histoires sur les mots de l’autre. C’est humain.
Mais aujourd’hui, je les repère plus vite, ces petites interférences, et je les mets de côté le temps d’écouter vraiment.
Pour conclure
Ce mot, fatigue, il a l’air banal… mais il ne l’est jamais vraiment. Parfois il dit tout, parfois il ne dit rien. Et c’est ça, justement, qui demande une écoute fine.
C'est un mot simple, mais il ouvre des mondes. Il peut être anodin ou chargé. Ce n’est pas à moi de décider ce qu’il contient.
Ce que je peux faire, en revanche, c’est écouter. Avec attention et recul.
Et avec suffisamment de silence intérieur pour laisser émerger le vrai sens — celui de l’autre.
C’est ma posture d’art-thérapeute : accueillir sans interpréter, observer avant de questionner et proposer un espace où l’expression personnelle peut surgir, en mots, en couleurs, sans urgence d’être traduite.
Dans un monde qui va vite, ça demande de ralentir. Mais c’est souvent là, dans cette lenteur choisie, que se dit ce qui compte vraiment.
Merci d’avoir pris le temps de me lire!
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